PRINCE RINGARD "Guerrilleros" - CD

1 titre en MP4 "Amours brulés"


Chronique de Lionel - fanzine 442eme Rue n° 84 : PRINCE RINGARD : Guerrilleros: C'est sûr qu'il y a longtemps que le mythe du Prince Charmant a volé en éclat (tout comme, d'ailleurs, celui de la Belle Au Bois Dormant), alors autant se faire une raison et considérer la ringardise comme la nouvelle norme. Si c'est mieux ça ne peut être qu'un plus. C'est ce qu'a dû se dire Jean-Claude Lalanne, breton bretonnant et anarchisant qui n'a pas pu choisir entre faire chanteur ou faire écrivain. Du coup, après une quinzaine de disques et une douzaine de romans, on peut décemment considérer qu'il est chanteur ET écrivain. Le label punk Mass Prod réédite un album de 2001, "Le cimetière des cons" (lui-même réactualisation d'un disque portant le même titre paru primitivement en 1971), qui, augmenté d'une demi-douzaine de titres enregistrés dans le courant des années 90, devient donc ce "Guerrilleros" dont auquel que je vous cause présentement. Jean-Claude Lalanne chanteur, ce sont d'abord des textes foisonnants, pléthoriques et qui coulent en une source inépuisable, clichés iconoclastes d'un quotidien glauque, grisâtre et guère avenant, le quotidien d'une énorme majorité d'entre nous, loin du glamour, du factice et de la futilité d'une minorité de "dirigeants" (politiques, financiers, médiatiques... ce sont d'ailleurs souvent les mêmes) qui ne jurent que par les paillettes, le fric et le m'as-tu-vu. Des textes qui rappellent en vrac Ferré, Lavilliers, Béranger ou Fred Alpi, du sans concession, du brutal et du direct. Cherchez pas le consensuel chez le Prince Ringard, ça ne fait pas partie de son vocabulaire, ni même de sa ligne de pensée. Lui ce serait plutôt la phrase choc, le verbe coup de poing et l'adjectif anarchiste. Musicalement, ça reste assez minimaliste, 2-3 accords basiques, des rythmiques binaires, un tambourin omniprésent, et un harmonica lancinant qui vient combler les trous dans les textes, on est loin de la symphonie héroïque, mais, en même temps, ça colle parfaitement au ton déclamatoire du chant du sieur Lalanne. Bref, de la chanson française consciente et enragée, guitare dans une main, bombe artisanale dans l'autre, ça nous change des niaiseries habituelles.


Extrait du webzine ADDICTIF: http://www.addictif-zine.com/chroniques/lire/420/chronique-prince-ringard

"Guerrilleros"
La pochette n'est pas ce qu'on peut appeler une réussite (mais chacun ses appréciations graphiques, hein !). Si tu ne connais pas Prince Ringard (est-ce un groupe ? Un chanteur ? Du punk rock ? De la chanson ?), elle n'apporte aucune information sur le dit Prince.


Et ce n'est pas le livret (2 pages) qu'i t'en apporteras. A l'intérieur : rien ! Blanc. Vide. Vierge. Pas d'info. Pas de textes. Pas de crédits (ou si peu). On en connaît qui mettrait illico le CD sur la pile des disques recalés et des autoproductions à ne jamais écouter. Mais ce n'est pas notre genre. Et la surprise est encore plus grande à l'écoute du disque. Prince Ringard est un chanteur anar "sans tourneur, sans manager, sans droits d'auteur, sans peur et sans reproches" qui n'est pas à son premier méfait artistique et contestataire. L'artiste qui dit ne pas en être un ("Je chante comme une prostituée arpente le trottoir. Je n'ai pas de références artistiques ou audiovisuelles. Je gueule juste ce que j'ai vécu : la violence, la misère, la prison et la rue" ) a déjà enfanté huit CD — ce "Guerrilleros" regroupe d'ailleurs les 10 titres de "Cimetière des Cons" paru en 2001 et six morceaux live extraits de Terroriste (2008), Mégalo Blues (1992) et Midnight Shadow (1994) — et 4 bouquins. Prince Ringard a la soixantaine, mais reste aussi combatif que lorsqu'il en avait 20. Ses chansons sont calmes (essentiellement acoustiques), mais leur contenu est électrique, rentre-dedans, énervé… Même le côté poétique des textes n'arrive même pas à en atténuer la rage. Il chante la prison, les âmes perdues, le béton, l'amour brûlée, la vie sacrifiée, la zone, etc… Sa voix chaude, parfois tremblante, assure aux vers qu'elle lâche force et volonté. Leur impact est immédiat ("Rock'n'roll Manhattan", "La Justice", "Mes Ombres de la Ville"). Bref, voilà de la chanson à texte qui a aussi du corps et de l'esprit, voilà de la poésie urbaine noire et rouge qui fait rimer protestation avec émotion. A découvrir. — Pépito Ramirez

www.princeringuard.lautre.net